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"Je représente l'humanité telle que ses maîtres l'ont faite. L'homme est un mutilé. Ce qu'on m'a fait, on l'a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l'intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement."
Nous sommes au début du XVIIIème siècle, dans l'Angleterre de la Restauration. Un nouveau-né est enlevé par ordre du roi. L’enfant est remis aux “Comprachicos“, étrange confrérie dédiée à la fabrication par chirurgie de phénomènes de foire. Son destin est scellé pour la première fois. Il est défiguré, la bouche élargie jusqu’aux oreilles, le visage figé dans un rire éternel...
Avec Déa, l'enfant aveugle retrouvée dans la neige sur le cadavre de sa mère, Ursus, un bateleur misanthrope, itinérant et philosophe, et Homo, le loup domestique, Gwymplaine contemple un monde inique et froid, opposant un masque hilare à la misère de ses contemporains.
Rarement nous n'avons eu entre les mains un texte qui nous ressemble à ce point. Après plusieurs années d'hésitations, nous nous lançons enfin dans ce projet bornés de défis scénographiques. Notre gageure : à travers la restitution visuelle du monde gothique de l'auteur, parler de nous, de ce que nous sommes, du message profond du théâtre forain, des tréteaux, de ce rapport au public qui nous hante et nous possède.
Nous répéterons cette pièce de janvier à mars 2007. Les premières présentations auront lieu chez nous, à à la Chaussée, à la fin du mois de mars.
« Tremblez ! Les incorruptibles solutions approchent, les ongles coupés repoussent, les langues arrachées s'envolent, ceux qui ont faim montrent leurs dents oisives, les paradis bâtis sur les enfers chancellent, on souffre, on souffre, on souffre, et ce qui est en haut penche, et ce qui est en bas s'entrouvre, l'ombre demande à devenir lumière, le damné discute l'élu, c'est le peuple qui vient, vous dis-je, c'est l'homme qui monte, c'est la fin qui commence, c'est la rouge aurore de la catastrophe, et voilà ce qu'il y a dans ce rire, dont vous riez ! » |